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La Ruche > Il y a 50 ans, Pierre Romane disparaissait avec l’Eurydice

Il y a 50 ans, Pierre Romane disparaissait avec l’Eurydice

09 Mars 2020
Pierre Romane (au premier plan à droite) et Jean-Louis Landenski à ses côtés lors de la fête de Fournols, en 1964.
Pierre Romane (au premier plan à droite) et Jean-Louis Landenski à ses côtés lors de la fête de Fournols, en 1964.

Parmi les 57 disparus de l’Eurydice listés dans le communiqué du ministère de la Marine publié le lendemain du drame, celui de Pierre Romane. À Brassac-les-Mines, 50 ans après, on se souvient de l’enfant du pays, quartier-maître mécanicien à bord du sous-marin.

 


Quand on demande à Jean-Louis Landenski de nous parler de Pierre, sa gorge se serre inexorablement… Ses yeux s’embuent et sa voix se fait de plus en plus discrète.

Il faut dire que Pierre, c’était son copain. Une amitié qui naît alors qu’ils ont 9 et 10 ans. Jean-Louis adore accompagner à l’atelier sa maman qui est couturière au commerce de bonneterie-tissus des Romane, rue de la Gare à Brassac-les-Mines. À peine arrivé, il file en trombe dans la chambre de Pierre où trônent d’innombrables maquettes de bateaux et de sous-marins. « C’était pas un milieu qui me fascinait au départ mais je m’y suis peu à peu intéressé. De toute façon avec Pierre on n’avait pas le choix, il fallait jouer aux sous-marins… », sourit-il.

Unis comme les deux doigts de la main, ils deviennent au fil du temps inséparables… Pourtant, ils n’ont pas grand-chose en commun, Jean-Louis grandit dans une famille communiste à La Combelle, Pierre fait parti des « notables » de Brassac. Mais peu importe : « Ça a tout de suite collé entre nous. Pierre était sympa. C’était une crème et pour faire l’andouille ce n’était pas le dernier. Ça m’allait bien… »

« Il ne partait pas pour combattre ou défendre la patrie. Il rêvait juste d’être en mer, dans un sous-marin… »

Les quatre cents coups, ils les ont faits ensemble. Jean-Louis en garde quelques précieux clichés. À l’image de cette photo prise lors d’une colonie en patronage. Ils avaient 12 et 13 ans et participaient à la fête patronale de Fournols…

À cet âge-là, Pierre Romane sait déjà ce qu’il fera plus tard. Et lorsque sa décision d’entrer à l’école des sous-mariniers devient ferme et définitive à l’âge de 16 ans, c’est à son copain Jean-Louis qu’il l’a annoncée en premier. « Pour moi, cela n’a pas été une surprise du tout… C’est pour ses parents que cela a été un peu plus compliqué. Pierre était le fils aîné d’une fratrie de deux enfants et on le prédestinait à reprendre la boutique… Mais ça n’a pas duré. Il était sûr de lui et avait travaillé son projet. Une fois la surprise digérée, c’est son papa qui l’a accompagné à Clermont-Ferrand passer son entretien de recrutement… Quand il a su qu’il était reçu et qu’il allait intégrer l’école – je ne sais plus laquelle – il était heureux comme un roi… Pierre, c’était un vrai marin, pas un militaire. Il ne partait pas pour combattre ou défendre la patrie. Il voulait juste être en mer, dans un sous-marin… C’était son rêve ».

Pierre Romane s’engage, mène avec brio ses études et après deux ans de formation est affecté à la base navale de Saint-Mandrier. « À partir de ce moment-là, il ne revenait plus pendant les vacances scolaires. Il partait plusieurs mois et revenait que pour quelques permissions, toujours trop courtes », se rappelle-t-il.

Une rumeur qui enfle à l’atelier de Ducellier…

Et puis vient ce 5 mars 1971… Les souvenirs reviennent à Jean-Louis comme une claque en pleine figure. Il est en poste chez Ducellier à Sainte-Florine quand une rumeur se propage dans l’atelier. L’Eurydice aurait sombré la veille au petit matin au large du cap Camarat avec le petit gars de Brassac dedans… Pas de doute, c’est Pierre. 50 ans ont passé et pourtant il s’en souvient comme si c’était hier… Les mots continuent de manquer pour décrire ses sentiments ce jour-là.

Un peu plus tôt, les parents du disparu avaient été avertis par le maire de l’époque, Pierre Noir. La nouvelle s’était alors répandue comme une traînée de poudre. En 24 heures à peine, l’ensemble du Bassin minier et du Brivadois est averti. Un cataclysme pour une population touchée quelques semaines plus tôt par un autre drame. Dans La Ruche datée du 14 mars 1970 on pouvait lire : « Comme lors de la récente avalanche de Val-d’Isère où l’on avait déploré la mort d’un étudiant de Vergongheon, le Bassin minier de Brassac est de nouveau cruellement touché par une autre catastrophe celle du sous-marin “Eurydice”, perdu corps et biens au large de Saint-Tropez. À bord du submersible se trouvait, en effet, le quartier-maître Pierre Romane, dont les parents exploitent un commerce de bonneterie-tissus, rue de la Gare à Brassac-les-Mines. »

La nouvelle va plonger le pays dans une profonde détresse. D’autant que l’épave ne sera localisée que deux mois plus tard et que les corps ne seront jamais rendus à la famille. « La maman était une femme joyeuse, enjouée, d’une grande gentillesse. Elle a été brisée par la disparition de son fils. Perdue. Elle attendait qu’il revienne… », se souvient celle qui fut, à cette époque, la coiffeuse de Gaëtane Romane.

Il y aura bien cette cérémonie quelques semaines après la disparition du jeune Brassacois où tous tenteront de faire leur deuil. Mais sans succès : « L’église était noire de monde, il y avait même des gens dehors. Moi je me faisais discret, au fond. Fils de communiste c’était déjà un exploit que je sois dans une église. Mais j’y tenais… pour mon copain. De là où j’étais, je voyais cette allée centrale, avec au bout une couronne de fleurs de la Marine nationale, d’après mes souvenirs », mais pas de cercueil. L’église était pleine, mais pleine de vide… Pierre n’était pas là. La chanson Ce n’est qu’un au revoir, à la sortie de l’office religieux, rajoutera un peu plus à ce sentiment d’inachevé, à ce déni collectif.

C’est finalement une décision du Tribunal de Grande instance de Toulon, datée du 21 juillet 1970, qui déclarera officiellement décédés les membres de l’équipage du sous-marin Eurydice, le 4 mars 1970. Parmi eux, « Romane Pierre, André, Auguste quartier-maître de deuxième classe mécanicien, né le 17 février 1951 à Meknes (Maroc), fils de Daniel, Louis Romane et de Gaëtane Simone Lamarche. Marié à Chauriat (Puy-de-Dôme le 26 janvier 1970 avec Jacqueline, Andrée Souleyrasse… ». Pierre Romane ne connaîtra jamais son enfant à naître…

 


Le mercredi 4 mars 1970, il y a 50 ans jour pour jour, le sous-marin L’Eurydice sombrait au large de Toulon. Parmi les 57 disparus, un Brassacois, Pierre Romane, âgé d’à peine 19 ans.

4 mars 1970

07 h 13. La base aéronautique navale de Nîmes-Garons est en communication avec le sous-marin Eurydice pour une météo sur zone afin de la transmettre au Patmar (avion de patrouille maritime Bréguet BR 1150 Atlantic de Nîmes-Garons). « Ai reçu une météo donnant mer 7 ? », interroge le transmetteur. Il n’y aura pas de confirmation. L’Eurydice ne répond plus.

07 h 28. Le sismographe de Nice enregistre une déflagration. On comprendra plus tard qu’elle avait pour origine l’implosion de la coque épaisse de l’Eurydice à près de 600 mètres de profondeur. Une explosion sismique qui aura été ressentie jusqu’à Toulon, à 60 km de distance.

Ce jour-là, l’Eurydice sombre corps et biens au large du cap Camarat en faisant 57 disparus. Un drame qui survient à peine deux ans après celui du bâtiment Le Minerve qui avait sombré lui aussi avec son équipage, le 27 janvier 1968, faisant 52 victimes.

Dépêchés sur les lieux, deux avions de patrouille maritime Breguet Atlantic, les escorteurs Surcouf, Duperré, Le Picard, Le Vendéen, Le Brestois, L’Alerte, six dragueurs, les bâtiments de soutien Arago et Jean Charcot, les sous-marins Daphné et Doris, quatre dragueurs italiens et tous les bâtiments de la direction du port de Toulon disponibles, entreprennent les premières recherches.

Les premiers indices sont repêchés par la gabare Fourmi qui découvre aux larges des côtes, une tache de gasoil et plusieurs débris. L’analyse du carburant chargé en souffre authentifiera sa provenance : il s’agit bien de celui du sous-marin. Il n’y a plus de doute sur le naufrage de l’Eurydice.

22 avril 1970

En avril, les recherches entreprises par les autorités à la suite du dramatique accident n’ont toujours pas permis de localiser le sous-marin. Le Mizar, bâtiment de l’US Navy, puis le bathyscaphe français l’Archimède viennent prêter main-forte. L’épave sera finalement découverte le 22 avril 1970 par 750 mètres de fond.

Plusieurs hypothèses seront évoquées pour expliquer le naufrage : une voie d’eau accidentelle, une avarie de barre, ou encore une collision avec un cargo. Le bâtiment tunisien le Tabarka, qui sera examiné par la DCN (Direction des constructions navales), au bassin à Marseille présentera d’ailleurs des traces de rayures sur sa coque pouvant coïncider avec un choc contre les appendices d’un sous-marin, mais rien ne sera confirmé. Aujourd’hui encore, les causes du naufrage demeurent inconnues.

Baptisé l’Eurydice le 17 avril 1956, ce sous-marin dont la construction avait commencé en juillet 1958 à Cherbourg avait été mis à flot le 19 juin 1962, avant une clôture d’armement. C’est-à-dire la réception du bâtiment par la Marine nationale, le 14 juin 1963.

Tel un mauvais présage

Après sa croisière d’endurance en Atlantique central, il est affecté à la Première escadrille de sous-marins de Toulon, le 14 août 1963. Le sous-marin est admis au service actif le 24 septembre 1964. Le 8 février 1968, alors que le Général de Gaulle participe à la cérémonie à la mémoire des disparus du sous-marin Minerve, il embarque à Toulon à bord de l’Eurydice pour effectuer symboliquement une plongée à proximité du site du naufrage.

 Le Président laissera à bord une photo dédicacée où il est inscrit « Au sous-marin Eurydice en témoignage ! Et à la mémoire du Minerve »…


Article publié le 09/03/2020 à 14:25
Auteur : Redaction Laruche
Crédits photos : La Ruche
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